Thèse de doctorat en Histoire de l’art contemporain préparée par Pierre-Emmanuel Perrier de La Bathie, sous la direction de Claire Barbillon (Criham / Université de Poitiers / École du Louvre) et François-René Martin (École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris).

• Date de dépôt du sujet : septembre 2014

 

 

Présentation du thème de recherche

Stratégies photographiques et mythologies artistiques : la construction d’un récit auto-photo-biographique chez les artistes au XXe siècle

Quelle qu’elle soit, l’histoire ne peut s’écrire sans tenir compte de l’histoire des techniques qui permettent sa transmission. Le XXe siècle, témoin du développement des médias de masse dont l’avènement du numérique en est l’expression la plus récente, pose ainsi la question du renouvellement des sources. Dans le cas de l’histoire de l’art, la place essentielle faite aux visuels, reproductibles à souhait, en particulier l’image photographique, devient matière à discussion.

Face à ces nouvelles formes d’écriture plastique, comment ont réagi ceux qui en étaient les premiers et principaux producteurs, à savoir les artistes ? Comment ont-ils, du moins certains d’entre eux, élaboré une stratégie photographique réfléchie, en soutien à leur propre mythologie personnelle ? De quelle manière les clichés les représentant qu’ils laissent à la postérité perpétuent leur propos artistique au delà de la mort ?
Cette recherche retient un petit groupe d’artistes du XXe siècle qui trouvent l’expression métonymique de leur œuvre dans une attitude publique générale qu’ils ont fait leur : Pablo Picasso, Marcel Duchamp, Salvador Dalí, Joseph Beuys, Yves Klein et Andy Warhol. Mêlant la mise en scène à certaines réalités biographiques, s’aidant d’une forte couverture médiatique et d’un intérêt accru de la part d’un public large, qu’il soit expert ou amateur, ils ont su faire de leur simple présence une évocation créatrice. Pour chacun d’entre eux, selon une même méthodologie, un corpus restreint de clichés représentatifs se concentre sur les représentations connues et récurrentes.

Analysées à travers le prisme multiple des correspondances biographiques et des mythologies individuelles, ces photographies renouvellent le modèle historiographique de la vie et de l’œuvre de l’artiste, car elles sont également, au-delà de leur valeur documentaire, l’expression d’une volonté créatrice assumée. Le temps et la reproductibilité accrue des supports visuels aidant, les artistes de notre étude sont parvenus à dépasser cette dualité statutaire en intégrant leurs portraits photographiques à leur œuvre – au moins à l’idée que l’on s’en fait, ces clichés étant souvent le seul témoignage physique qu’il nous en reste. Ils cristallisent ainsi une part de leur discours artistique à travers un réseau photographique imaginaire, qui prend la forme d’un récit auto-photo-biographique.

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