Journées d'études organisées par le laboratoire Criham - Centre de recherche interdisciplinaire en histoire, histoire de l’art et musicologie, sous la coordination d'Antoine Coutelle et Jérôme Grévy, dans le cadre du programme ANR Ruines.

• Appel à communications jusqu’au : 1er juin 2022

• Date et lieu des journées d’études : 6 et 7 octobre 2022 – Université de Poitiers

 

 

Présentation

L’objectif de cette journée d’étude est de questionner la particularité de l’époque moderne et du XIXe siècle, soit avant la naissance du « temps des ruines » (E. Dachin) dans le rapport des sociétés avec les ruines. Comment les vestiges matériels laissés par des conflits et des destructions volontaires sont-ils envisagés par les sociétés européennes avant que le régime contemporain ne vienne les monumentaliser et charger ces ruines de significations politiques et mémorielles multiples ?

 

Argumentaire

À l’époque moderne, les ruines sont déjà des lieux communs. Leurs descriptions sont les passages obligés des écrits de voyages et leurs représentations ornent les capriccios des peintres italiens et européens. Mais entre les déambulations des humanistes italiens dans les ruines de Rome reprises en lamento dans les vers de Du Bellay publiés en 1558 et les peintures réalisées par Hubert Robert en 1760, il existe déjà d’autres usages des vestiges visibles de bâtiments abîmés ou détruits par les conflits. L’objectif de cette journée est de dégager ces usages et de discuter de la spécificité d’un regard porté sur les ruines qui soit propre à l’époque moderne. Peut-on envisager l’existence d’un “régime moderne” de la ruine de guerre différent du régime contemporain ?

Les ruines produites par les guerres et les conflits, les lieux mêmes des grandes batailles pourront faire l’objet d’analyses qui interrogeront leur spécificité et leur éventuelle exemplarité : ruines des guerres de religion, ruines des guerres européennes et coloniales, ruines des guerres révolutionnaires, ruines des conflits du XIXe siècle.

 

Axes thématiques

Les communications pourront s’insérer dans l’un des axes suivants :

Archives des ruines

Comment accéder aux ruines de l’époque moderne ? Où se trouvent les traces laissées par les bâtiments détruits ? Que reste-t-il dans les archives et dans les sources (archéologiques, textuelles, visuelles) de ce qui était déjà en train de disparaître il y a plusieurs siècles ? Les choix documentaires opérés par les historiens et les historiens de l’art, largement tributaires des contingences matérielles de la conservation des sources, construisent les ruines et les définissent. On pourra donc s’interroger sur les matériaux disponibles pour localiser, décrire, appréhender les ruines de l’époque moderne, mais également sur les représentations, les regards multiples, les mots et les images employés. Le lieu le plus commun de la ruine de la Renaissance, celui du paysage utilisé comme memento mori pourra être questionné.

Modèles et représentations

Peut-on classer les ruines à l’époque moderne selon leur origine, leur localisation, leur état, les modalités de leur conservation ou de leur disparition progressive ? Les ruines de guerres sont des « ruines des hommes », leur distinction avec les « ruines du temps » est-elle pertinente ? Ruines urbaines ou vestiges paysagers, traces immémoriales ou destructions récentes : à l’époque moderne, l’origine, la nature, la localisation, la spatialité de la ruine induisent-elles des regards différents portés sur les ruines ? On pourra également questionner de nouveau la centralité du monde romain, toujours redécouvert sous le visage abîmé des ruines de la ville éternelle.

Les usages des ruines : mémoires et patrimoine

On pourra questionner la façon dont les sociétés de l’époque moderne utilisent les vestiges, dans un régime d’historicité antérieur au présentisme et, a priori, dégagé de la préoccupation patrimoniale actuelle ou accompagnant son émergence. A partir de cette focale de l’usage des ruines, la place des ruines des guerres et des conflits est à questionner : la charge mémorielle dont se sont dotés les vestiges des conflits du XXe siècle est-elle transposable à d’autres époques ? Quels vestiges font l’objet de stratégies de conservation, mises en œuvre par quels acteurs et avec quelles finalités ?

 

Illustration : Ruines de l’amphithéâtre de Poitiers, d’après un dessin de Camille Lahaire, 1854. Médiathèque François Mitterrand, Poitiers.

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