Thèse de doctorat en Histoire de l'art contemporain préparée par Paul Froment, sous la direction de Claire Barbillon (Université de Poitiers, École du Louvre, Criham) et de Philippe Sénéchal (Université de Picardie Jules Verne).

• Date de dépôt du sujet : février 2022
 

 

Présentation du thème de recherche

L’art de la Renaissance au creux de la main : collections et collectionneurs de plaquettes italiennes (1850 ca-1940 ca)

L’histoire des collections et des collectionneurs de plaquettes italiennes de la Renaissance n’a pas été écrite, ainsi que le regrettait déjà Seymour de Ricci en 1931 ; ce sont pourtant eux qui ont fait émerger cette catégorie d’objets disparates, rassemblés du fait de leur format réduit, de leur vocation narrative et de leur matériau. Dans un contexte général de mise à l’honneur des arts décoratifs dans la seconde moitié du XIXe siècle, les plaquettes sont introduites par les collectionneurs dans des expositions fondatrices mais également promues dans les cénacles privés. À partir des années 1850, une véritable fièvre s’empare des collectionneurs parisiens, qui constituent alors de vastes collections. Le petit siècle qui part de cette période et s’étend jusqu’à la fin des années 1930 constitue un âge d’or des collections de plaquettes. La mise en valeur de ces objets s’inscrit dans un moment de redécouverte de l’art de la Renaissance. Les collections constituées ne sont ainsi jamais exclusivement composées de plaquettes, ces dernières étant mises en relation avec les médailles ou les petits bronzes. Progressivement, les collectionneurs perçoivent l’intérêt des plaquettes en tant que support de diffusion et de circulation des motifs. C’est principalement à Émile Molinier (1857-1906), conservateur du musée du Louvre que revient le mérite d’avoir signalé cette importance des plaquettes dans son catalogue de 1886. En ce sens, les plaquettes s’inscrivent en parallèle de l’imprimerie, dont elles constituent une forme de pendant, mais en relief. Les cercles parisiens jouent un rôle central dans l’émergence de ce collectionnisme. C’est à Paris, autour de personnages comme Horace His de la Salle, Frederic Spitzer ou bien évidemment Gustave Dreyfus, que se constituent les principaux noyaux du XIXe siècle. Il s’agit là d’un monde aux liens étroits, dont la sociabilité s’appuie notamment sur la collection conçue comme un instrument de prestige, d’entre-soi ou encore un support de conversation. Il existe ainsi une forte émulation au sein d’un milieu qui se connaît et se reconnaît dans sa capacité à constituer des séries aussi complètes que possibles de ces objets. Le foyer parisien se trouve concurrencé sur la fin du siècle en Angleterre, mais aussi en Allemagne. Le destin progressif de ces collections a été de passer en grande partie dans des institutions patrimoniales, du fait des liens étroits que les collectionneurs ont tissés avec les conservateurs, mais aussi parfois de leur implication dans la constitution de collections nationales. Ainsi, Émile Molinier n’a pu constituer son catalogue que grâce à une collaboration étroite avec Gustave Dreyfus. Il existe de nombreuses sources disponibles pour écrire l’histoire des collections de plaquettes sur la période considérée. Seymour de Ricci, en 1931, propose dans l’introduction de son catalogue raisonné une liste de catalogues de ventes, qui permettent de reconstituer l’état des collections au moment de leur dispersion, mais aussi le processus de redistribution lors des ventes, l’évolution des connaissances et des goûts des collectionneurs. Il sera nécessaire d’identifier, dans les archives publiques et privées disponibles, la correspondance entre collectionneurs, marchands et conservateurs. Les objets en eux-mêmes constituent une importante source documentaire, quand ils ont conservé les étiquettes des différentes ventes par lesquelles ils sont passés. Il est ainsi possible de chercher à faire une histoire culturelle et sociale des collectionneurs, de leurs sociabilités et de leur usage des plaquettes en tant qu’élément de prestige ; le travail érudit des collectionneurs sur leurs plaquettes, en collaboration avec les conservateurs, montre une volonté de mise en valeur de ces dernières. Enfin, dans un contexte général de valorisation des arts décoratifs, il conviendra d’explorer la fortune critique de ces objets à la fin du XIXe, en lien avec le renouveau de la médaille et de la plaquette.

 

École doctorale

ED 612 Humanités – Université de Poitiers

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