Thèse en cours : Katia Schaal : La « tentation de la médaille » (1880-1920). Étude de la production des sculpteurs ayant contribué au renouveau de la médaille et analyse des répercussions dans la pratique et les réalisations des graveurs en médailles

• Thèse de doctorat en Histoire de l’art préparée par Katia Schaal, sous la direction de Claire Barbillon, professeur d’histoire de l’art contemporain (Criham, Université de Poitiers), et Inès Villela-Petit, conservatrice du patrimoine (BnF, département des Monnaies, médailles et antiques)

• Date de dépôt du sujet : 2014

 

Présentation du thème de recherche

La « tentation de la médaille » (1880-1920). Étude de la production des sculpteurs ayant contribué au renouveau de la médaille et analyse des répercussions dans la pratique et les réalisations des graveurs en médailles

Entre les années 1880 et 1920, l’engouement officiel, populaire et artistique pour la médaille fut si important qu’il suscita de nombreuses vocations de médailleurs. L’atelier de gravure en médailles de l’École des Beaux-arts voyait sa fréquentation augmenter, tandis que la section consacrée à la médaille au Salon des artistes français exposait davantage d’objets. Toutefois, une partie de ces nouveaux médailleurs n’était pas foncièrement des graveurs en médailles au sens où leur apprentissage leur demandait de produire l’outillage nécessaire à la frappe, mais plutôt des sculpteurs-modeleurs de médaillons qui surent profiter d’une conjoncture particulièrement favorable à l’essor de la médaille.

Cet engouement conjoncturel que nous qualifions de « médaillomanie », au même titre que le goût de la Troisième République pour la statuaire a été désigné sous le terme de « statuomanie », trouve son origine dans plusieurs facteurs. L’augmentation du budget alloué à la commande publique de médailles en est un premier qui coïncida avec l’augmentation des célébrations et des remises de récompenses dans un contexte de fête républicaine. Le besoin de nouveaux modèles demandés par la Monnaie de Paris, puis par les maisons d’édition à partir de 1893, date de la libéralisation du marché, pour séduire un nouveau public, en est un second. Enfin, les progrès techniques apportés au tour à réduire, cette machine-outil qui servait justement aux sculpteurs à réduire et transposer leurs modèles dans le très bas-relief de la médaille, facilitèrent encore la création et la diffusion de réalisations bien plus originales que ce que produisaient alors leurs confrères graveurs en médailles. En effet, par leur formation académique, ces derniers demeuraient encore très respectueux des conventions de leur art, engendrant des objets au vocabulaire allégorique dénué de tout souffle moderne. Nombre de sculpteurs virent ainsi dans la médaille un nouveau champ d’expérimentation technique et artistique qui engendra des propositions d’un caractère plus en phase avec les attentes de l’époque. Certains statuaires, sans en avoir appris la technique y succombèrent pour quelques tentatives. D’autres, poussés par leur curiosité et leur talent pluridisciplinaire, s’y abandonnèrent plus complètement, passant du monumental au relief minimal de la médaille.

Cette étude souhaiterait comprendre ce qui poussa ces sculpteurs vers la médaille, un champ de l’art si différent du leur par sa différence d’échelle, de relief, de technique et de mise en œuvre. La frappe, procédé clé pour la médaille car il engendre des objets bien spécifiques par leur alliage, leur relief saillant et par l’obligation pour l’artiste de connaître la technique de la taille directe du coin, à l’inverse d’un médaillon fondu, fidèle retranscription d’un modèle établi dans une matière plastique, est l’axe fondamental de notre étude et de la constitution de notre corpus. À partir des collections du dépôt légal que conservent la Bibliothèque nationale et la Monnaie de Paris, c’est spécifiquement à la « médaille de sculpteurs » et non aux médaillons qu’ont également pu produire ces derniers, que nous voulons nous intéresser pour appréhender les motivations de ces artistes à basculer vers un domaine artistique si éloigné du leur. Y furent-ils poussés par un effet de mode ? Par un désir d’expérimentation ? Par une envie profonde de se confronter à la restriction que convoquent les conventions de la médaille ? Quelles difficultés le sculpteur rencontra-t-il lorsque la médaille ne représenta qu’un épiphénomène dans sa carrière ?

Cette recherche projette de cataloguer une production artistique négligée car se plaçant à la marge du travail des sculpteurs. Nous aborderons les personnalités artistiques les plus symptomatiques en suivant un modèle prosopographique. L’objectif de cerner et définir une véritable « école » de sculpteurs-médailleurs ambitionne d’analyser les évolutions des méthodes de production qui auraient eu pour répercussion la disparition de la frontière entre gravure en médailles et sculpture. Cette perméabilité des disciplines artistiques causa en premier lieu l’évolution du statut de la médaille qui passa, au tournant du XXe siècle, du domaine commémoratif à celui artistique, mais aussi une franche opposition entre les partisans de la machine et les défenseurs de la main. Enfin, l’intérêt de notre recherche pour l’histoire de la médaille serait de dépasser un discours historiographique contemporain de son essor qui ne fut écrit que par des plumes « officielles » et encore peu réécrite depuis, mis à part les travaux de Béatrice Coullaré. En effet, après plus d’un siècle de silence, la glorieuse production de médailles des années 1880-1920 tente de ressurgir de l’oubli dans lequel l’avaient plongé l’évolution du goût des années 1930, l’évolution des pratiques de la Troisième République ainsi qu’un relatif déclin inhérent à la qualité même de la médaille produite à partir de 1910, pour trouver un regain d’intérêt. L’actualité de la médaille XIXe s’avère à nouveau fleurissante comme l’a montré, en 2012, l’organisation à l’initiative du Musée d’Orsay de l’exposition Au Creux de la Main. Enfin, outre proposer la réécriture d’une histoire de l’art numismatique, l’étude de ce dialogue fructueux entre deux disciplines pourra enrichir l’histoire de la sculpture en montrant comment elle a pu devenir un enjeu du renouveau de la médaille.

 

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