Émotions, création

Responsables

Cécile Auzolle (Université de Poitiers) et Éric Sparhubert (Université de Limoges)

 

Présentation des thèmes de recherche

Les travaux au laboratoire Criham ont déjà amorcé la réflexion sur les « émotions et création », thème relativement récent travaillé par les disciplines de sciences historiques mais aussi les neurosciences, la psychanalyse et la psychologie.
Dans ce cadre, on interrogera la question de l’historicité des émotions, d’abord à travers le rapport émotions et justice (indignation, mobilisation, colère) et une réflexion sur le corps défaillant, sur la cruauté et sur les violences corporelles (CPER) ; ensuite à travers les usages du son et de la musique dans la représentation des émotions (images, film, art contemporain, opéra, spectacle vivant) ; des émotions suscitées par l’écoute musicale et le concert, des régimes d’émotions.

Le thème des émotions suscitées par le regard et par l’écoute est également central pour l’histoire du concert, du voyage, du musée et du patrimoine, notamment pour ce dernier autour des problématiques de la destruction, de la conservation et du sauvetage, de la promotion du tourisme patrimonial et éco-durable, qui mettent en œuvre les notions de mémoire collective et de culture sensible. La notion d’émotion patrimoniale sera en particulier travaillée à partir des opérations de réhabilitation, de transformation et de réutilisation (projet Corpus numérique du patrimoine architectural et urbain en régionARC Poitiers-Tours 2015-2017). Les émotions seront également envisagées et étudiées à travers les objets, les espaces (concerts, expositions, liturgies laïques et religieuses, festivals…), et les supports que sont le dessin, l’estampe, la photographie, la bande dessinée, la musique, la vidéo ou le film, ainsi que les installations d’art contemporain dans le spectacle vivant et en particulier l’opéra.

On examinera ce qui relève du processus de création de l’œuvre (monumentale, picturale, musicale) envisagée par le biais de la commande, la collection, les emprunts aux cultures et époques exogènes à l’œuvre. La critique génétique apporte dans l’analyse du manuscrit un gisement plus large que le texte définitif pour rassembler les traces des instants à la genèse de la création : naissance de l’idée liée souvent à une émotion qui est suivie par une notation intermédiaire à la sémiotique de l’œuvre.
On s’intéressera également à la réception en tant que dispositif (qui relève d’une élaboration politique, sociale, etc.) et qui s’inscrit dans les phénomènes historiques et anthropologiques, cela sur une période longue allant du Moyen Âge à nos jours. Le projet Mutamusique déposé à l’ANR prévoit d’étudier les mutations musicales qui se produisent en France vers 1600. Seront particulièrement analysés : le lien avec les institutions, leur rôle dans la formation du savoir artistique ; la performance en concert des musiques anciennes placé au cœur du programme La partition : de l’écrit au sonore (CPER/FEDER) ; les collaborations entre plasticiens et musiciens dans la création actuelle ; les interactions entre architectes et photographes aux XIXe et XXe siècles ; la transmission des musiques traditionnelles dans le cadre de la francophonie.

On peut enfin inclure dans le rapport de l’œuvre à l’émotion la réflexion croisant l’art et la science et les expérimentations menées par les scientifiques afin de quantifier l’émotion et la création, auxquelles la neuroesthétique – neuroarthistory – a apporté sa contribution, et que l’on prolongera par une réflexion sur l’interaction entre culture scientifique et culture sensible, entre rationalité et émotion.

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