CAMROU : Campagnes rouges

• Programme coordonné par Fabien Archambault (2016 – 2017)

• Partenaires : financé par la région Limousin, dans le cadre d’un appel à projet thématique (AAP), ce programme associe trois laboratoires de recherche de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Limoges : le Criham, EHIC et le GRESCO.

 

Dans leur espace national respectif, le Limousin, la Toscane et l’Émilie-Romagne apparaissent comme des cas exceptionnels : les trois régions ont longtemps constitué des bastions électoraux du parti communiste, la première depuis les années 1920, la seconde à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. L’historiographie butte toujours sur la même énigme : pourquoi vote-t-on communiste dans ces régions, ces départements et ces villages et pas dans les autres, parfois limitrophes ou seulement distants de quelques kilomètres ? Pourquoi le PCF et le PCI ont-ils si bien réussi dans des départements ruraux qui d’une part, d’un point de vue politique, ne s’inscrivent pas dans le schéma général d’une paysannerie conservatrice de manière atavique, et de l’autre, d’un point de vue sociologique, ne correspondent pas vraiment à l’image que l’on se fait d’un parti de la classe ouvrière ?

Les acquis récents de la recherche invitent à prolonger cette comparaison, le croisement des démarches et des méthodes d’analyse permettant de tester ici des hypothèses validées de l’autre côté des Alpes, et réciproquement. En croisant les approches – historique, géographique, sociologique, politologique, ethnographique –, et les échelles – hameaux, villages, cantons, départements, régions –, on tentera de comprendre comment le communisme est venu aux paysans et aux ruraux en reconstruisant les réseaux de sociabilité, les trajectoires des militants et les modalités de propagande.

La recherche se déploiera dans trois espaces, le Limousin, la Toscane et l’Émilie-Romagne, et suivra deux directions principales, du discours au territoire. Il s’agira d’abord d’analyser les publications communistes (programmes, brochures, tracts et journaux) afin d’approfondir la définition du communisme agraire et des programmes des Partis communistes français et italien à la campagne après 1945.

On s’attachera ensuite à étudier les dynamiques de l’implantation communiste en faisant appel aux méthodes de la sociologie électorale et en portant l’attention sur plusieurs points : la concurrence avec d’autres forces politiques, qu’elles soient socialiste ou catholique ; la présence de figures locales charismatiques ; les enjeux économiques liés à l’intensification de la pénétration de formes capitalistes en agriculture ; le souvenir des luttes paysannes, en France la Grande Révolution de 1789, en Italie les violents mouvements sociaux à la fois après la Grande Guerre et après la Seconde Guerre mondiale (notamment en Toscane, les réactions à l’attentat contre Togliatti de 1948).